Médicaments de rue : un danger pour la santé

Face à une augmentation préoccupante des pathologies rénales observées ces derniers mois, le néphrologue Dr Raphaël Dolaama du CHU Sylvanus Olympio de Lomé alerte sur un problème de santé publique persistant : la consommation de médicaments de rue.

Selon le spécialiste, les services de néphrologie enregistrent de plus en plus de patients présentant des insuffisances rénales aiguës ou chroniques, parfois chez des sujets relativement jeunes et auparavant sans antécédents médicaux majeurs. Dans la majorité des cas, l’enquête clinique révèle une prise régulière de produits pharmaceutiques achetés hors circuit légal, souvent pour traiter des douleurs banales, des infections ou des troubles digestifs.

Le médecin explique que ces médicaments échappent à tout contrôle sanitaire. Leur composition exacte est inconnue, les dosages sont imprécis et les conditions de conservation inadéquates — exposition prolongée à la chaleur, à l’humidité ou à la lumière. Ces facteurs altèrent la stabilité chimique des substances actives, pouvant transformer un traitement supposé thérapeutique en toxique pour l’organisme.

Les reins figurent parmi les organes les plus vulnérables à ces substances. Ils filtrent en permanence le sang et concentrent les toxines ; lorsqu’ils sont agressés par des molécules néphrotoxiques, les lésions peuvent être irréversibles. Le praticien souligne que certains patients consultent tardivement, après plusieurs semaines d’automédication, au stade où seule la dialyse d’urgence permet de les maintenir en vie.

Au-delà de l’insuffisance rénale, ces produits favorisent également l’apparition d’autres maladies chroniques : hypertension artérielle secondaire, diabète déséquilibré, ulcères digestifs, intoxications hépatiques et infections virales telles que les hépatites. Les associations médicamenteuses anarchiques aggravent encore les risques, car les interactions pharmacologiques ne sont pas maîtrisées.

Malgré les campagnes de sensibilisation, le recours aux médicaments de rue persiste, souvent motivé par leur coût plus faible et leur accessibilité immédiate. Toutefois, le médecin insiste sur le fait que cette économie apparente se transforme fréquemment en dépenses médicales lourdes : hospitalisations prolongées, traitements coûteux, voire prise en charge à vie.

Il rappelle que toute symptomatologie — même bénigne — doit conduire à une consultation médicale afin d’établir un diagnostic précis et de recevoir un traitement adapté. L’achat de médicaments doit se faire exclusivement en pharmacie, seul circuit garantissant la traçabilité, la qualité et la sécurité des produits.

Pour le spécialiste, la lutte contre ce phénomène nécessite une approche globale : renforcement du contrôle du marché informel, amélioration de l’accessibilité financière aux soins et poursuite des actions d’éducation sanitaire. Sans cela, prévient-il, les maladies rénales pourraient devenir dans les prochaines années une charge majeure pour le système de santé et pour les familles.